Thewe, monnaie de perles kanak

Les objets du mois
Objet du mois de
Juillet

Provenant de la tribu de Ouaième, Hienghène et ayant appartenu à Benoît Oury Pagoubealo (1914 - 1972)

MNC 2016.5.2 abc
Etui : 18 cm x 8 cm ; monnaie à nœuds espacés : 309 cm ; monnaie blanche : 166 cm
Matières 
: pour l’étui : étui foliaire de cocotier (Cocos nucifera), tissu orange avec des motifs à fleurs blancs, laine (beige) ; pour le contenu : coquillages, fibres végétales
Techniques : polissage, enfilage, nouage, couture

Généralement, les monnaies kanak (monnaie de perles, jupe-monnaie,…) qui sont la représentation symbolique du totem ou de l’ancêtre du clan, sont confectionnées pour les échanges cérémoniels. Les monnaies de perles, fabriquées exclusivement par les hommes, ont une fonction particulière : de manière très codifiée, elles servent à véhiculer et à sceller une « parole » ou un message.

À Hienghène, la monnaie de perles est désignée  sous le terme générique, thewe*. La forme la plus connue renferme dans un étui un seul chapelet constitué de perles  de coquillages ou d’os de roussettes enfilées sur une cordelette végétale surmontée d’un petit ouvrage de sparterie orné de pendeloques en nacre et à son sommet, d’une sculpture en bois et finissant à son extrémité inférieure par une touffe de poils de roussette tressés.

L’enveloppe originelle  de la monnaie exposée ici a du s’abimer avec le temps et a été remplacée par  un nouvel écrin en « tissu foliaire » de palme de cocotier, rehaussé de laine. Il contient deux cordelettes-monnaies que Fritz Sarazin (1929) avait appelé « monnaie d’escargots ». Selon Yves-Béalo Gony, l’une est dite thewe pijing*, « monnaie à nœuds » espacés de trois à cinq millimètres, composée de fines perles de coquillages placées à intervalles réguliers (sept millimètres). Généralement, une monnaie de ce type pouvait s’échanger contre des ignames, des taros ou une anguille par exemple. La seconde, thewe thian*,  « monnaie esprit » est constituée de perles plus grandes et relève plus des objets de puissance conservés dans le panier sacré d’un clan ou d’une chefferie. Elle aurait plus de valeur que toutes les autres monnaies réunies. Regroupées de la sorte dans un même étui, ces deux cordelettes-monnaies sans tête ni sparterie, si elles avaient été accompagnées d’un tapa noué en mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) ou en banian (Ficus prolixa), seraient considérées par le récepteur comme un signe d’allégeance, une déclaration de guerre ou tout autre message.

L’inscription, à l’intérieur de l’enveloppe végétale, laisse apparaître le nom du propriétaire de cet objet ; ce qui nous a permis de connaître la provenance de cette monnaie de perles. Ce n’est pas toujours le cas des autres objets de ce type présents dans les collections du musée de Nouvelle-Calédonie.

*Les termes vernaculaires sont en fwâi, langue de Hienghène.