Jupe Doba des Iles Trobriand

Les objets du mois
Objet du mois de
Août

Doba, richesses féminines des îles Trobriand

MNC 2000.6.4 et MNC 2000.6.27
Matières: Feuilles de banane et fibres d’écorces de bananiers et, feuilles de pandanus
Techniques : Vannerie, teinture et assemblage

En Mélanésie, dans les sociétés insulaires, s’offrent  et s’échangent encore des objets  ouvragés, spécialement ornementés, des plus précieux  et des plus prestigieux. Ils constituent des biens personnels que les femmes et les hommes se doivent de posséder et reproduire.  Ces attributs féminins et masculins sont présents au cœur des offrandes rituelles exhibées lors des cérémonies. La valeur de ces objets n'est ni utilitaire, ni décorative, mais hautement cérémonielle et symbolique, d’un luxe ostentatoire et votif. Monnaies ou sceaux, ils sont essentiels et accompagnent les dons et les contre-dons, « coutumiers » des évènements majeurs liant entre eux des groupes sociaux, ou clans.

Aux îles Trobriand, les cérémonies funéraires mettent en exergue une singularité exceptionnelle de la femme dans la société. Lorsqu’un décès survient dans leur lignage maternel, les femmes ont en charge les rituels des funérailles, sagali. Le point d’orgue du protocole est la levée de deuil,  qui survient dans une exubérance de richesse, de virtuosité et de talents féminins. Elles vont mettre un point d’honneur à s’acquitter de leur fonction de maîtresses de cérémonie : elles sont sur le point d’offrir leurs plus belles richesses, les doba.

Le terme doba s’applique à deux types d’objets : des jupes de fibres colorées et des bottes de bandelettes battues* (autrement appelées, kudukudu) fabriquées toutes deux à partir de feuilles de bananier, manuga. Les femmes les amassent au long de leur vie adulte, du fait de leurs productions personnelles ou par acquisition auprès d’un tiers en échange d’ignames que leurs pères, maris ou frères leur ont donné. On accepte aussi de les céder contre du tabac, des friandises ou du poisson. Posséder ces richesses est une condition sine qua non  pour être une femme épanouie et accomplie selon la norme sociale trobriandaise.

Distribuant  ainsi en quantités impressionnantes leurs doba, les femmes, en leur qualité de sœurs, mères ou filles,  permettent aux défunts de leur lignage (frère ou sœur, ou fils ou fille) de quitter le monde des humains pour prendre place aux côtés des ancêtres maternels et à renaître par l’intermédiaire de ces échanges. Seules les femmes peuvent transformer ce qui est « sale » (des vieilles bottes de feuilles) en ce qui est « propre » et beau (des jupes).  Le veuf ou la veuve et le père du défunt ne seront  lavés symboliquement de la « souillure » du deuil qu’au moment où ces femmes leurs enlèveront les bandeaux funéraires qu’ils ont portés autour du cou et leur offriront des jupes. Les femmes participent aussi  en offrant ces richesses pour d’autres occasions de la vie sociale, mais dans un rôle sans commune mesure.

De sa collection ethnologique,  le musée de Nouvelle-Calédonie présente cette jupe doba d’une femme mélanésienne, trobriandaise du clan Lokuba au village de Luveponou.